Mairie de Saint-Sébastien-d'Aigrefeuille
DISCOURS DU MAIRE LE 14 JUILLET 2011
Mesdames, Messieurs, Chers Concitoyens, Chers Amis,
La révolution française que nous célébrons aujourd’hui est à l’origine de l’organisation territoriale de notre pays.
La réforme territoriale que le gouvernement tente de mettre en œuvre au pas de charge, tant elle risque de ne pas survivre aux futures échéances électorales, met en danger l’existence même de nos communes et de nos départements qui sont pourtant le creuset de notre citoyenneté.
Chargé des basses besogne, Monsieur le Préfet du Gard a élaboré, sans aucune concertation, des projets de regroupements de communes avec une méconnaissance évidente des réalités de nos territoires et dans le seul but, non avoué mais qui saute aux yeux, de satisfaire quelques notables locaux plus soucieux de préserver leur pouvoir que de travailler pour l’avenir de nos communes.
Il propose ici de regrouper St André de Valborgne et l’Espérou alors que 3 vallées et 40 km séparent ces communes.
Il propose là de relier Soudorgues à Vic le fesc, « les cévennes aux portes de sommières », voila peut être un slogan pour ce futur territoire.
Sans compter la dissolution de nos syndicats intercommunaux grâce auxquels nous gérons nos écoles, notre électrification, nos réseaux d’eau. Dissolution ou regroupement pour que les marchés publics ne soient plus à la portée de nos entreprises locales et soient livrés à l’appétit des grands groupes qui n’attendent que le feu vert pour s’emparer du gâteau.
En ce qui nous concerne, le serviteur zélé de l’Etat nous propose tout simplement d’intégrer une vaste communauté d’agglomération qui regrouperait la Communauté d’Agglomération du Grand Alès, la communauté de Communes de la région de Vézénobres, la Communauté de Communes du Mont Bouquet et notre Communauté Autour d’Anduze.
46 communes ! 97 000 habitants ! Une communauté d’agglomération sans âme où tout se déciderait à Alès et où, si nous sommes sages, Saint Sébastien aurait le privilège d’avoir un représentant, un petit représentant dans un conseil d’agglomération de 80 membres.
Une agglomération qui, avant même d’exister, affiche sa volonté de créer un pôle métropolitain avec Nîmes et pourquoi pas plus tard, ce n’est pas de la fiction, avec Montpellier Sète et Beziers.
Comment existerions nous dans ce grand bazar ?
Quelle serait alors notre influence dans de telles conditions ?
Nous voilà confrontés à un diktat jacobin, une mise au pas des collectivités, une recentralisation masquée, comme honteuse, tant elle apparaît à contresens de l’histoire.
De tout temps, la vie, dans les Cévennes, s’est organisée au sein des vallées. Autrefois pour des raisons évidentes de communication, aujourd’hui par habitudes et traditions, le commerce, l’agriculture, les échanges culturels, toute l’activité humaine est organisée, dans les Cévennes, en suivant les vallées.
Comment faire fi de ce constat ?
Comment faire fi de la géographie, de l’histoire, du lien qui unit les communes de notre communauté à travers la vallée du gardon ?
Il aurait suffit à Monsieur le préfet de venir un peu sur le terrain ou, s’il n’en a pas le temps, de consulter une carte, vous savez une de ces cartes en relief comme on en trouve facilement aujourd’hui, pour constater l'évidence : notre communauté de commune forme un ensemble cohérent, un ensemble a taille humaine et cohérent.
Il y a là, autour d’Anduze, un vrai bassin de vie, un creuset où s'est forgée une identité forte aux épreuves de l'Histoire.
Nous avons vu passer par nos Cévennes vagues après vagues une soldatesque qui prétendait imposer la plus détestable des normes : la loi du plus fort.
Des chevaliers du nord partis massacrer les Cathares, aux hordes nazies, en passant par les Dragons du Roi, pour qui notre revendication de la liberté de conscience constituait le plus insupportable des scandales tous ont tenté, en vain, de mettre un terme à notre liberté.
De nos aînés, nous avons reçu en héritage le bien le plus précieux : l'esprit de résistance, l'esprit de tolérance aussi.
Des camisards aux maquisards, tous ont porté très haut la même exigence : ne jamais pactiser avec l'arbitraire, ne jamais renoncer face à l'injustice.
Nous n’aurons jamais, à Saint Sébastien, de routes qui permettent une rotation de camions qui viendraient enlever la production de nos usines ! Pas plus que nous n’accepterons de voir fleurir sur notre commune des lotissements sans âmes où une population rejetée de la ville viendrait s’installer par dépit.
C'est tout naturellement, et de très bon gré, que nous prenons le parti de valoriser nos spécificités à travers la mise en avant d'une certaine qualité de vie.
Monsieur le préfet déclarait récemment, de toute sa hauteur, dans les colonnes de Midi Libre :
« Personne ne pense qu’il va faire toute sa vie à Saint-Sebastien- d’Aigrefeuille »
Et bien Monsieur le préfet je l’affirme ici haut et fort en cette date anniversaire de notre révolution française.
Nous vivons dans une commune que nous n'habitons pas par défaut, parce que nous n'aurions ni la possibilité ni la force d'aller vivre ailleurs.
Nous habitons là où nous avons choisi de vivre !
Nous entendons signifier, haut et fort, que tel est notre choix, que l’on ne peut tailler comme vous tentez de le faire, dans le vif des territoires au mépris de la géographie et de l'histoire.
Nous relevons dans cette commune le défi d'un développement harmonieux, où l'homme et son environnement sont au centre de nos préoccupations et nous ne laisserons à personne le droit de venir décider de notre avenir à notre place.
Oui, nous avons choisi de vivre à Saint Sébastien.
Oui, nous avons choisi d’y élever nos enfants ou d’y finir notre vie parce que notre commune est telle qu’elle est aujourd’hui, belle et accueillante, parce que préservée et rurale.
Gardez vos villes ! gardez vos pôles urbains, vos métropoles et vos banlieue et laissez nous vivre en paix !
Notre place est dans une communauté de communes rurale, elle n’est ni dans une mégapole régionale ni même dans une agglomération.
Notre conseil municipal a rejeté à une immense majorité, comme en 2009, l’intégration au Grand Alès.
Nous ne sommes pas seuls.
Sur les 46 communes concernées, 14 ont déjà délibéré et 12 ont rejeté le projet du préfet.
Le Conseil Communautaire de la 2C2A doit maintenant se prononcer. Il a décidé de lancer, non pas une consultation citoyenne, puisque l’on nous menace dans ce cas de nous trainer devant les tribunaux, mais une enquête d’opinion auprès de tous les électeurs de notre territoire.
Vous allez donc recevoir prochainement dans vos boites aux lettres un questionnaire qui vous permettra de donner votre avis sur les propositions préfectorales.
Prenez le temps d’y répondre, cela ne vous prendra que quelques minutes. Parlez en autour de vous, à votre famille, à vos voisins, de la participation massive à cette enquête dépend notre avenir.
Il suffit que nous affirmions majoritairement haut et fort notre volonté de rester unis et solidaires pour que ce choix soit entendu et respecté par le conseil communautaire.
La communauté de communes Autour d’Anduze n’est pas menacée par les critères définis par les textes.
Elle répond à toutes les exigences du législateur et peut, à ce titre, continuer de mettre en œuvre un projet solidaire dont la qualité et l’ambition sont salués bien au-delà des limites de notre territoire.
Aujourd’hui rien n’est figé, rien n’est décidé. Ceux qui prétendent le contraire, ceux qui vous disent « circulez, il n’y a rien à voir. » ne sont que des menteurs et des manipulateurs.
En qualité de membre de la Commission Départementale de la Coopération Intercommunale, je puis vous assurer que cette commission entend jouer pleinement son rôle en amendant le projet préfectoral chaque fois qu’il sera en contradiction avec les volontés exprimées dans les territoires par les élus et par les citoyens.
Notre avenir nous appartient. Nous devons signifier notre choix avec force et conviction.
Les élus, moi-même comme tous ceux qui m’entourent, ne sont que vos représentants.
Nous porterons votre parole, nous défendrons votre choix.
Parce que c’est notre engagement. Parce que c’est la démocratie.
Parce qu’en ce 14 juillet 2011 nul ne peut oublier que nos ancêtres il y a 222 ans aujourd’hui ont pris la Bastille pour donner la parole au peuple.
Je vous remercie.